Conseils · 4 novembre 2026
Pavés drainants : comment gérer l'eau de pluie de votre cour
Joints élargis, béton poreux, dalles engazonnées : un revêtement drainant laisse l'eau de pluie s'infiltrer là où elle tombe, si le sol et la structure le permettent.
Une cour entièrement imperméable envoie toute l’eau de pluie vers son point bas : la rue, un regard, le pied d’un mur ou le terrain du voisin. Les revêtements drainants prennent le problème à l’envers. Ils laissent l’eau traverser la surface pour qu’elle s’infiltre dans le sol, ou qu’elle soit stockée sous les pavés puis évacuée lentement. Bien choisis, ils limitent les flaques et le ruissellement. Mal posés ou mal entretenus, ils se colmatent et finissent par se comporter comme une surface fermée.
Trois familles de revêtements drainants
Le guide de mise en œuvre des revêtements drainants publié en 2021 par la Fédération de l’industrie du béton (FIB), qui s’appuie sur les référentiels du CERIB, distingue trois catégories de produits préfabriqués en béton :
- Les pavés et dalles à joints larges : des écarteurs intégrés créent des joints de 5 à 30 mm, qui peuvent représenter 10 % de la surface ou davantage. L’eau passe par les joints, garnis de gravillons sans éléments fins ou, pour le stationnement de voitures, d’un mélange de terre et de sable engazonné.
- Les pavés en béton poreux : c’est le béton lui-même, à granulométrie ouverte, qui laisse passer l’eau. Les joints restent étroits, de 2 à 4 mm.
- Les dalles engazonnées ou gravillonnées : elles comportent de larges ouvertures sur toute leur épaisseur, remplies de terre et de gazon, de gravillons ou de sable grossier.
À l’inverse, un pavage classique à joints de sable, bien compacté, laisse passer peu d’eau. Le référentiel des espaces publics du Grand Lyon classe ainsi les joints en sable parmi les joints imperméables, en raison de leur faible largeur et du tassement du sable.
Ce qui se passe sous la surface
Un pavé drainant posé sur une fondation fermée ne sert pas à grand-chose : l’eau traverse la surface, puis stagne. C’est toute la structure qui doit laisser circuler l’eau :
- un lit de pose en sable propre ou en gravillons (2/4, 4/6,3 ou 2/6,3 selon le guide), dépourvu d’éléments fins, d’environ 3 cm une fois les pavés compactés ;
- un géotextile lorsque la couche d’assise est poreuse, pour empêcher le lit de pose de migrer dans ses vides ;
- une assise poreuse, qui peut jouer le rôle de réservoir : elle garde l’eau le temps qu’elle s’infiltre ou s’évacue ;
- des bordures ou des pavés scellés sur le pourtour, pour que les pavés ne glissent pas et que les joints ne s’ouvrent pas.
Les joints se garnissent avec le matériau préconisé par le fabricant, celui qui a servi aux essais de perméabilité du produit. Remplacer le gravillon prévu par du sable fin « parce qu’il en restait » suffit à boucher les joints. Même drainante, la surface garde une pente, comprise entre 1 et 5 % d’après le guide : assez pour éviter les flaques, pas trop pour que le lit de pose et les joints restent en place.
Quand c’est utile, et quand ça ne l’est pas
Tout dépend du sol en place. Un sol de graviers ou de sable absorbe bien l’eau ; un limon argileux ou une argile la laisse passer très lentement. Le guide indique qu’en sol peu perméable, il peut être nécessaire d’associer l’infiltration à une structure réservoir, qui retient l’eau et la restitue en différé.
Un revêtement drainant a du sens pour :
- une cour ou une allée dont l’eau n’a pas d’exutoire simple ;
- un stationnement qui ne reçoit que des voitures ;
- un projet soumis à une règle locale de surface perméable ou de gestion de l’eau sur la parcelle.
Le même guide déconseille en revanche l’infiltration :
- dans les zones d’eaux protégées (périmètre de protection d’un captage d’eau potable, certaines zones de plan de prévention des risques ou d’intérêt écologique), à cause du risque de pollution ;
- sur les sols sensibles à l’eau (dissolution, retrait-gonflement des argiles) ;
- lorsque la nappe se trouve à moins de deux mètres sous la zone d’infiltration ;
- là où l’on sale beaucoup en hiver.
Pour le retrait-gonflement des argiles, la carte d’exposition publiée sur Géorisques donne une première indication. Le voisinage compte aussi : un chantier proche, des arbres qui perdent beaucoup de feuilles ou des terres agricoles accélèrent le colmatage.
Ce que peuvent imposer le PLU et le zonage pluvial
Plusieurs textes permettent aux collectivités d’encadrer l’imperméabilisation des sols :
- l’article L151-22 du code de l’urbanisme permet au règlement du PLU d’imposer une part minimale de surfaces non imperméabilisées ou éco-aménageables. L’article R151-43 précise qu’elle s’exprime en proportion de la parcelle, avec des coefficients qui comparent chaque type de surface à la pleine terre ;
- l’article L2224-10 du code général des collectivités territoriales prévoit que les communes ou leurs intercommunalités délimitent les zones où il faut limiter l’imperméabilisation et maîtriser le débit des eaux pluviales. Le PLU peut alors fixer des conditions correspondantes (article R151-49 du code de l’urbanisme) ;
- le code civil s’applique partout : le terrain situé en contrebas doit recevoir les eaux qui s’écoulent naturellement, mais le propriétaire du dessus ne peut rien faire qui aggrave cet écoulement (article 640), et les toits ne doivent pas déverser leurs eaux sur le terrain voisin (article 681).
Concrètement, la place d’un revêtement drainant dans le calcul dépend du coefficient que fixe chaque règlement local. Avant de choisir, lisez le règlement de la zone où se trouve votre terrain, en mairie ou sur le Géoportail de l’urbanisme, et demandez au service chargé des eaux pluviales, souvent l’intercommunalité, s’il existe un zonage pluvial.
Entretenir un revêtement drainant
La perméabilité ne se maintient qu’avec un entretien régulier. Le guide de la FIB recommande :
- un nettoyage dont la fréquence dépend de l’encrassement, et au moins un passage avant l’hiver pour retirer feuilles et débris ;
- le lavage et l’aspiration, en limitant la puissance de l’aspiration pour ne pas vider les joints ;
- au nettoyeur haute pression, de ne pas dépasser 40 à 50 bars et de garder un angle de moins de 30° par rapport à la surface ;
- de regarnir les joints dès qu’ils se creusent, avec le matériau d’origine ;
- en hiver, de ne pas sabler la surface, de saler avec modération, de préférer une pelle à lame en plastique ou en caoutchouc et de ne pas y stocker la neige.
Pour le reste des gestes courants, voyez aussi notre article sur l’entretien des pavés et dalles extérieures.
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Questions fréquentes
Des pavés classiques avec des joints en sable sont-ils perméables ?
Très peu. Avec des joints étroits, bien garnis et compactés, l'essentiel de l'eau ruisselle en surface. Certains gestionnaires publics classent d'ailleurs les joints en sable parmi les joints imperméables. Pour infiltrer réellement l'eau, il faut des produits conçus pour cela : joints larges, béton poreux ou dalles à ouvertures.
Peut-on rouler sur des pavés drainants ?
Oui, à condition de choisir un produit prévu pour la circulation et une structure dimensionnée en conséquence. Les dalles engazonnées acceptent le stationnement de voitures, mais le gazon supporte mal les stationnements de longue durée. Les pavés à joints larges et les pavés poreux supportent le passage de voitures lorsqu'ils sont bien posés et bloqués par des bordures.
Mon terrain est argileux, un revêtement drainant a-t-il un intérêt ?
L'eau s'y infiltrera lentement. La fondation poreuse peut alors servir de réservoir et restituer l'eau à petit débit vers un drain ou un exutoire. Sur les sols sensibles à l'eau, comme ceux soumis au retrait-gonflement des argiles, l'infiltration est au contraire déconseillée : c'est à vérifier avant de choisir.
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